Présentation

morsely

Pseudo: CASBAHCatégorie: Littérature, poésieDescription:
L'histoire d'El Djazair el Mahroussa, les us et coutumes des ses habitants, les Casbadjis. Avant et pendant la colonisation française et....d'autres histoires !
Recommander ce blog

Commentaires

Mercredi 05 Décembre 2007

 

                        DESTIN

 

 La sagesse et la folie dorment dans le même  berceau.

                                                                                              

          Citation de Marc Gendron, romancier québécois 

        Né à Beauharnois (Québec) en 1948

 

 

Lakhdar venait de passer une sale nuit. Une rage de dents l’a tenue éveillé toute la nuit en plus des pleurs incessants de son nouveau né qui couvait une angine carabinée .

 

Juste avait-il fermer l’œil que le réveil sonna, les yeux rougis, le teint blême, il émergea difficilement du lit, en ce petit matin froid et pluvieux.

 

Après un rapide petit déjeuner il se hâta de sortir afin de ne pas rater son transport.

 

De sombres nuages couvraient le ciel déversant une pluie fine accompagnée d’un vent glacial qui fouettait les visages.

 

Lakhdar ouvrit son parapluie pour se protéger de la pluie tout en marchant vers l’arrêt du bus mais le vent le lui arracha des mains et il se retrouva tremper jusqu’aux os. En maugréant sur cette journée, il courut s’abriter sous un porche.

 

Grelottant de froid il se rendit compte qu’il venait de rater le passage de son transport du personnel, alors, fou de rage il pensa au calvaire qui l’attendait pour rejoindre son lieu de travail par ses propres moyens. De son domicile situé à ZAARA, sur les hauteurs de notre Dame d’Afrique jusqu’à l’aéroport d’Alger, se sera, pour lui, un véritable parcours du combattant.

 

Après plus d’une demi heure d’attente, Lakhdar vit apparaître un transport public, il s’apprêta à lui faire signe mais ce dernier passa en trombe, bondé. Sautillant sur place pour se réchauffer, notre malheureux sentit soudain des élancements de douleurs dans sa bouche ; la rage de dents le reprit. Une demi heure passa et enfin un minibus à moitié vide s’arrêta et il y prit place.

 

Se faufilant à toute allure dans les embouteillages monstrueux de la descente de Notre Dame d’Afrique jusqu’à Bab El Oued, le chauffeur jouait au cascadeur sans tenir compte des passagers qui étaient secoués dans tous les sens, et ce qui devait arriver, arriva ; un choc, le bruit de la tôle froissée, des cris, des pleurs. Le mini bus venait de percuter un véhicule venant sur sa droite. Plus de peur que de mal. Passablement secoués, les voyageurs descendirent du mini bus, parmi eux Lakhdar dont le choc lui fait oublier jusqu’à sa rage de dents.

 

Le choc émotionnel passé, Lakhdar, tel un somnambule se mit en marche vers le prochain arrêt de bus en se disant en son for intérieur «  qu’il y a des journées où il vaudrait mieux resté chez soi ».

 

Il prit un second transport en commun  qui le mena jusqu’à la Place des Martyrs où il descendit pour emprunter, quelques centaines de mètres plus loin, le bus de l’aéroport.

 

 

Il traversa la place en courant sous une pluie battante pour aller s’abriter, un peu plus loin sous les arcades et soudain, le sol mouillé se déroba sous ses pieds. Il glissa sur le sol qui était une vraie patinoire et tomba à la renverse. Des passants accourèrent pour l’aider à se relever et une douleur lancinante à l’épaule le fit crier. Il venait de se déboîter l’épaule. Il se relava tant bien que mal, trempé, en maudissant son destin.

 

Las, épuisé, le corps et l’esprit meurtri, il reprit le chemin de la station de bus.

 

Un « ouf » de soulagement sortit de sa bouche quant il vit le grand bus de l’aéroport à l’arrêt et, difficilement il y prit place. Une douce torpeur l’envahit dans cette atmosphère réchauffée.

 

Le bus allait rester à l’arrêt pendant une vingtaine de minutes dans l’attente d’éventuels clients et notre Lakhdar en profita pour tenter de joindre sa femme sur son mobile afin de prendre des nouvelles de son fils malade. Il met la main dans l’une de ses poches à la recherche de son mobile ; rien. Fébrilement il se mit à fouiller toutes ses poches ; toujours rien. Prit de nausées il comprit qu’on venait de lui subtiliser son portable pour lequel il avait du économiser pendant deux longs mois avant de pouvoir l’acheter. Abattus, à demis conscient, Lakhdar se demandait pourquoi le sort s’acharnait-il tant sur lui ?

 

Enfin, le bus démarra et il prit la route de l’aéroport. Il était 9h30. Notre ami savait qu’il allait  se faire sonner les cloches par son responsable hiérarchique.

 

Au bout d’une heure de trajet, le bus arriva enfin à l’aéroport. Lakhdar en descendit, légèrement reposé et se dirigea vers son service.

 

Arrivant au niveau de sa société il sentit comme un malaise, une impression bizarre ; Il n’y avait pas âme qui vive. Point de collègues. Ne comprenant rien à ce qui se passait, comme dans un rêve, notre pauvre ami s’approcha d’un agent de sécurité : «  S’il vous plait, que se passe t’il, il n’y a personne et tous les bureaux sont fermés ? » questionna t’il ?

 

«  Mais, monsieur, c’est normal, on est Jeudi  aujourd’hui et c’est le week end !» lui répondis l’agent de sécurité.

 

Abasourdis, Lakhdar sentit ses jambes se dérobaient. Etait-il éveillé ou est ce un cauchemar ? se demanda t’il ?

 

Il s’assit sur une marche, la tête entre les mains ne pouvant plus réfléchir.

 

« Tout ce calvaire pour m’entendre dire que c’est le week end ? » se lamentait-il

 

La pluie s’était arrêter et Lakhdar se leva et tel un somnambule reprit le chemin du retour.

 

Dix sept heure. Après toutes ces péripéties, Lakdar, fourbu, arriva enfin  devant l’entrée de son domicile et sans se soucier de l’attroupement inhabituel devant son immeuble il allait rentrer chez lui quant une voie le héla : «  Lakhdar, attend ! » Etonné, le regard vide, il se retourna et vit son voisin de palier «  Que veux tu, mon ami, je suis fatigué et pressé de rentrer chez moi ! » demanda Lakhdar. « Justement, mon cher voisin, ne prend pas peur, tout s’est arrangé, il y a eu plus de peur que de mal et on l’a transporté à l’hôpital ! » lui répondis son voisin.

 

 

«  Quoi, comment, qui, je…. ! » balbutia Lakhdar qui sentit son cœur chaviré et sa tête prise dans un manège qui tournait, tournait….sans fin. Il allait s’évanouir s’entend sur ses épaules tout les malheurs du monde.

 

«  Ta femme, mon ami a été hospitalisée en urgence mais ce n’est pas grave, elle a glissé dans la salle de bains !» lui dit son ami.

 

« Et mes enfants où sont-ils ? » lui demanda Lakhdar

 

« Ne t ‘inquiète pas, le bébé est chez moi, ma femme en prend soin, mais…… !! » répondis le voisin.

 

« Quoi encore ? » questionna, Lakhdar, affolé

 

«  Ton autre fils a bu de l’eau de  javelle, mais il n’a rien on l’a fait vomir ! » lui répondis son voisin d’une toute petite voix.

 

 A ces mots, Lakhdar, accablé, tomba dans les pommes.

 

 Il ouvrit les yeux et vit des visages inquiets penchés sur lui «  où suis je ? » demanda t-il

 

On lui fit boire un peu d’eau de jasmin avec du sucre et on lui aspergea le visage avec un peu d’eau. Assis au pied de l’immeuble à même le sol, Lakhdar questionna du regard ses voisins

 

«  Pourquoi moi ? » semblaient dire ses yeux

 

«  Ce soir toi et ta famille allez dormir chez moi » lui dit son voisin et ami

 

«  Je te remercie mais pourquoi veux tu que je dorme chez toi, mon ami ? » rétorqua Lakhdar

 

«  Heu ! C’est que …….. !! »

 

«  Quoi ? » demanda notre pauvre ami d’une voix qui semblait venir d’outre tombe, à peine audible.

 

«  Lakhdar, je ne sais comment te le dire mais pendant l’absence de ta femme, ton appartement à été cambriolé » lui répondis d’un air penaud son voisin

 

A cette annonce Lakhdar partit d’un rire tonitruant qui résonna dans la nuit jusqu’à Bab El Oued

 

Notre ami Lakhdar venait de perdre la raison

 

Vraie ou fausse, cette histoire est là seulement pour tenter de nous montrer la futilité de la vie et que cette dernière peut basculer dans le cauchemar en une fraction de seconde et que nul n’est à l’abri de déboires qui peuvent mettre fin à toute une existence.

 

Cette histoire est là, aussi, pour nous montrer que notre destin n’est pas entre nos mains mais entre celles de DIEU est qu’il serait puéril et vaniteux de notre part, de croire que nous sommes à l’abri de telles fatalités.

 

Alors, lorsque nous croiserons une personne handicapée mentale, ne détournons pas le regard et portons sur elle un regard de compassion car elle pourrait être le reflet de notre future destin.

 

 

S. MORSELY

 

 

 

 

 

 

 

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus