
« EL MAHROUSA »
Au delà des siècles tes fils te chériront toujours!
Perle dans un écrin, tu as su, durant des siècles, faire face aux vicissitudes de l’histoire sans jamais te démettre ni de ta fierté, ni de ton port altier, toi la « bien gardée », « El Mahroussa », Sidi Abderahmane vielle sur toi.
Longue est ton histoire !
Elle commence comme un conte de fée avec l’arrivée d’un prince charmant au nom évocateur : Ziride Bologhine, et c’est à lui que tu dois ta naissance en cette deuxième moitié du Xème siècle.
Sur les ruines d’un petit port romain , Icosium, qu’occupait une tribu berbère, les Beni Mezghana, tu vis le jour. Quatre petits îlots insignifiants, poussière dans la mer, d’eux, tu détient ton valeureux nom : EL DJAZAIR BENI MEZGHANA.
L’évocation de ton nom faisait trembler de peur et d'angoisse le cœur du plus valeureux des rois.
Mère que ses enfants protègent, gardent et défendent jusqu’à la mort, sein maternel béni par Dieu, toi, El Mahroussa, tu a pris soin de tes enfants en leur inculquant le sens de l’honneur et de la fierté.
Jalousement et pour te préserver, ils t’on entourée d’une enceinte longue de
Le sept est ton chiffre et de sept portes tu fus parée. Ouvertes le jour, le soir elles étaient fermées par un Caid El Bab.
Bab Etriq Essour ou Porte du chemin du rempart est le nom donné à ta première porte, située au Nord Ouest et par laquelle seuls les soldats de ta milice peuvent y accéder.
Bab El Casbah était ton entrée principale, majestueuse avec ses doubles battants revêtus de tôle verte, elle était encastrée dans un marbre blanc comme neige.
Au dessus d’elle trônait ton emblème ; un lion à deux têtes, signe de ta puissance, et de l’auvent qui la surplombait, une chaîne à trois branches en forme d’ancre, pendait.
Charitable et bienveillante, tu fus un asile pour les persécutés.
Si l’un de tes enfants était persécuté et s’il parvenait à toucher la chaîne en criant : « Justice de Dieu ! », alors ta porte s’ouvrait et tu l’accueillait dans ton giron.
Bab Azzoun était ta troisième porte. Située sur ton coté Sud, elle servait de porte de ravitaillement.
De cette porte partaient deux routes ; la première, longeant la mer, menait en Kabylie et au Constantinois, la deuxième menait vers la fertile plaine de
Bab El Djazira ou porte des îlots, était ta quatrième porte. Elle portait aussi le nom de Bab El Djihad.
Tes valeureux marins, au teint basané par le sel et le soleil, après avoir sillonné la méditerranée sur leurs galères, rentraient au bercail par cette porte, les bras pleins de présents.
Telle une mère donnant le sein à ses enfants, avant de te quitter, les marins étanchaient leur soif à la fontaine située près de la porte.
Bab El Bhar ou Porte de
Comme son nom l’indique elle était un accès pour les pécheurs. Elle était aussi la porte des douanes
Bab El Oued ou la porte du ruisseau était ta sixième porte. Située au Nord, elle donnait accès aux cimetières, au Bordj Ezzoubia, aux carrières et aux fours à chaux.
Bab Edjid ou
En cette néfaste année de 1830, les hordes barbares te poignardèrent en t’envahissant par cette porte.
Dans chacun de tes 41 quartiers, on y trouvait une fontaine, une ou plusieurs mosquées et une école.
Magnifiquement décorées et disposées dans un enfoncement mural, ornées d’arabesques peintes par tes artisans aux mains d’or, sur de la céramique, tes fontaines, telles des jouvencelles, étaient là attendant l’assoiffé prêtes à étancher sa soif.
Toutes de marbre vêtues et de plaques d’ardoises, recouvertes de dessins, on trouvait en leur milieu un robinet de cuivre et une vasque en bois posée dans une niche et attachée par une chaîne. Tes enfants n’avaient jamais soif !
En plus de ces magnifiques fontaines, tes enfants avaient l’eau courante à l’intérieur de leurs douérates (maisons) par un judicieux système d’alimentation qui, à partir d’une citerne située sur la terrasse, récoltait l’eau pluviale et alimentait, ainsi, les étages inférieurs grâce une tuyauterie en terre cuite.
Le bien être de tes enfants ne s’arrêtant pas là, tous tes quartiers étaient pourvus de bains publics ou Hammams.
A une époque où l’occident ne s’avait pas conjuguer le verbe laver, tes enfants se prélassaient dans ces hammams aux salles en marbre dans une douce et chaude température.
Chauffée par un fourneau, une eau chaude ou froide se déversait, à partir de plusieurs robinets, dans de petits bassins en pierre. Elle se déversait, aussi, sur le sol, créant ainsi une vapeur bienfaisante.
Après un bon bain et un délassant massage appliqué par les mains expertes des moutchous, grands gaillards à la peau d’ébène, tes enfants pouvaient se reposer dans une salle où leur était servit un café bien chaud.
Les Casbadjis formaient une véritable famille et vivaient en parfaite harmonie les uns avec les autres.
Ils avaient à leur disposition, dans chacun de tes quartiers, une Koucha ou four à pain où chacun pouvait venir faire cuire le sien.
Allumés, tôt le matin, avec des broussailles, ils voyaient déferler tous les voisins et cela donnait lieu à des palabres et des commentaires sans fin sur la vie quotidienne, cela , en attendant la cuisson.
Pour préparer leur farines, tes fils avaient des moulins à farine activés par la force animale que l’on trouvait dans presque toutes les rues.
Après un dur labeur, tes habitants pouvaient se détendrent dans la centaine de cafés où étaient disposées, le long des murs, des banquettes en bois recouvertes de nattes de jonc.
Dans ces petites salles soutenues de colonnes de marbres, étaient placées deux grandes cafetières sur un fourneau à bois et parfois même, des musiciens étaient là pour agrémenter le temps des clients.
S’il n’y avait pas de musiciens, les clients jouaient soit aux dominos où aux cartes, soit aux dames tout en fumant leurs pipes.
Le plus prestigieux de ces cafés était le café de la marine situé près de Djemma El Kébir.
Vivante, respirant la santé et la prospérité, tu grouillais de vie. Senteurs d’épices mélangées à celles du jasmin, couleurs chatoyantes de tes belles, parées de leurs plus beaux atours ; pantalons bouffants et voiles sur la tête, marchands ambulants d’amandes, de beignets, d’oranges, de pastèques, porteurs d’eau Biskris, etc… Ambiance chaleureuse et bon enfant, ambiance méditerranéenne.
Place de
Tu n’a pas oublier tes invités, ceux qui viennent te rendre visite, ceux qui viennent se placer sous ton aile maternelle.
Des fondouks, (hôtels) leurs offraient des chambres propres avec à leur disposition des teinturiers et de petites écuries pour loger leurs montures.
Le plus prestigieux de ces fondouks était situé près de la porte Bab Azzoun.
Tes habitants ne manquaient jamais de rien. Tes boutiques et étals étaient toujours richement achalandés car tes marins sillonnant les mers, tes paysans travaillant la terre et tes caravaniers traversant les déserts affrontaient milles et une péripétie, mille et un danger pour toi.
A qui pouvait t’offrir le plus de présents.
Tes enfants se bousculaient à tes portes pour te ramener les plus beaux fruits, venus de pays lointains, les plus belles épices de ces lointaines contrées indiennes, le plus pur sucre, le plus beau poisson, les plus fines soies, le cuir le plus tendre, bref ils voulaient te ramener ce que Dieu avait créé de plus beau et de meilleur sur terre. Tel était l’amour que te portaient tes enfants.
Du nord au sud et d’est en ouest, veines alimentant ton cœur, les centaines de ruelles tortueuses qui te traversaient étaient composées de dizaines de boutiques disposées par corps de métier. Il y avait le quartier des tanneurs, celui des cordonniers, des charbonniers, des bouchers, des armuriers, etc…
Cosmopolite, sans distinction de race, de religion ou de couleur, tu n’avais aucun préjugé, celui qui entrait par l’une de tes sept portes devenait ton enfant; Maures, Koulouglis, Turcs Juifs, Chrétiens, Arabes ou kabyles.
Toute cette population vendait, achetait, négociait dans les bazars mis à sa disposition ou dans les souks, dans une parfaite harmonie. Bel exemple d’ouverture d’esprit et de fraternité.
Ton commerce, bien organisé, était structuré en une quarantaine de corporations représentant chacune un métier. Chaque corporation était chapeautée par un Amin ; le chef.
Ces corporations avaient à leur disposition des bazars ; grandes maisons de 2 ou 3 étages avec à chaque étage une galerie avec des petites pièces où les marchands exposaient leurs articles.
Souk El Attarin (Bazar des parfumeurs), Souk El Bachmaqjiya (Bazar des fabricants de pantoufles), Souk El Baboudjyia (Bazar des fabricants de babouches), Souk El Kheyatin (Bazar des tailleurs), Souk El Acel (Bazar du miel), etc…,ainsi, chaque bazar n’était réservé qu’à un seul produit.
Tes douérates (maisons) serrées les unes contre les autres étaient d’un aspect extérieur très simple mais magnifique de l’intérieur où il faisait bon vivre.
Un imposante porte en bois de chaîne sculpté, ornée de gros clous en cuivre et de deux heurtoirs sous forme d’un poing fermé, donnait accès par à un vestibule ou squifa, aux murs recouverts de faïence, à un patio où trône, en son milieu, un bassin de marbre avec un jet d’eau.
Le patio entouré d’une galerie couverte soutenue par des colonnes en marbre torsadé, venu d’Italie, donnait accès aux chambres, aux cuisines, à bit essaboun ( buanderie), et au bain.
Le premier étage réservé aux femmes, était tout en galerie, ceinte d’une balustrade en bois ciselé. Les chambres ou minzah, richement décorées de frises en plâtres finement ciselés, de petites fenêtres aux verres colorés et aux murs ornés des plus belles faïences d’Italie, de Perse et d’Asie Mineure, reflétaient un raffinement certain, dans l’art de vivre des algérois.
Les soirs d’été, les effluves de jasmin montaient de tes jardins jusqu’aux terrasses où les belles se prélassaient, un ver de thé à la main, en déclamant les merveilleuses bouqalats, Devinettes en forme de proses par lesquelles, les algéroises croyaient prédire leur destin.
Tes enfants t’administraient avec compétence et savoir faire. Ils avaient organisé ta gestion en un judicieux organigramme avec, à sa tête, un chef de l’administration civile et municipale chargé de la police et des perceptions.
Sous ses ordres, on retrouvait plusieurs administrateurs chargés notamment de Beit El mal (héritages, successions,etc..), El Mathed, chargé de la police des marchés et de l’entretien des rues, El Mezouar, qui exécutait les hautes œuvres, Amin EL Aioun, responsable des fontaines, El Kaiaia, chef de toute la police, Agha El Koul, pour les rondes de nuit dans ces znikates (ruelles) dont les noms résonnent encore aujourd’hui à nos oreilles ; Znikate Sidi Ramdan, znikate Sidi abdallah, Znikate Djamma Safil, zenkate sidi M’hamed Echerif, etc…
Tes riches enfants, après avoir sillonné les mers, pouvaient prendre un repos bien mérité dans leurs palais au décor somptueux ; marbre d’Italie, bois de cèdres, stucks et faïences d’Italie, d’Espagne ou de Tunisie. Rien n’était trop beau pour ces valeureux corsaires aux exploits légendaires qui ont défié les flottes les plus puissantes du monde ; Mami Rais, Ali Chilibir, Ali Amat, Rais Hamidou, Hassen Calfat, Hassen Veniziano, Mourad rais, Ali Betchine, pour ne citer que ceux la car la liste en serait trop longue.
Et les siècles passèrent………
Narguant le temps , tu es toujours là, dominant de ta blancheur immaculée notre magnifique baie, étincelante sous les rayons d’un soleil couchant, gardienne de nos valeurs.
A toi, EL MAHROUSSA, nous rendons hommage !
S. MORSELY