


LE JUGE, LE CAFE ET LE THE
OU
Oh homme sensé, écoute mon histoire et comprend la !
Par une belle matinée printanière de l’an mille dans la lumineuse ville de Cordoue, se présentèrent devant le juge, deux éternels rivaux ; le café et le thé.
Il faut préciser qu’en arabe, le mot café se prononce : Qahwa qui est une connotation féminine.
Alors, dans cette sublime ville qu’était Cordoue, ville de la connaissance des sciences et des arts, ville où la civilisation islamique était à son summum, ville éclairant l’Europe de son savoir, existait un juge très connu pour son impartialité et sa probité ; c’était le juge Omar Ben Haq.
Reprenant mon histoire, je vous narre la suite.
Toutes les franges de la société étaient présentes. La salle était pleine à craquer. Habits de soie et habits de toile, senteurs de jasmins émanant des belles andalouses et odeurs de sueurs se mélangeaient dans un énorme brouhaha. Toute la ville était là, personne ne voulait rater l’audience.
Soudain, le juge entra dans la salle, majestueux dans sa robe de satin, d’un vert olive, le turban posé fièrement sur la tête il prit place et intima à l’assistance, le silence. D’un signe de tête il ordonna aux deux protagonistes d’exposer leurs griefs.
EL Qahwa (le café) et le thé arrivés devant le Qadi (juge) le saluèrent par ces propos :
- Oh Qadi respectable, nous te considérons comme arbitre équitable, car tu es Incorruptible, tu ne te laisse acheter ni ne prend aucune décision à la légère, grâce au Seigneur, tu jugeras avec succès notre différent car DIEU t’a confié une partie de ses pouvoirs.
Le Cadi, agacé par tant de verbiages leur répondit en ces termes :
- Je vous écoute, trêve de bavardage, si vous avez quelque chose à dire, parlez sans inquiétude ; celui qui a raison l’emportera, et bien entendu, le perdant acceptera le verdict.
Le thé prit le premier la parole se faisant son propre avocat.
- Aujourd’hui, il est permis de me boire, dit ‘il, je n’ai rien de commun avec le vin, je suis la boisson des hommes honorables, en moi se trouve une vertu contre toutes les maladies que je rencontre à l’intérieur du corps de celui qui me boit. Je dissipe douleur et tristesse.
Continuant sa plaidoirie, le thé dit :
- Je facilite la digestion de tous les aliments lourds, je guéris les personnes souffrantes et aux hommes de bien, qui me boivent, j’apporte détente et repos.
- Je contiens un brin de fragrance de menthe et de gingembre. Pour me préparer on utilise une théière ressemblant à une tiare, posée sur un brasero rempli de braises ardentes et on utilise un plateau ciselé reposant sur un trépied en bois précieux sur lequel sont délicatement posés des verres aux couleurs chatoyantes ajoutant ainsi, à mon miroitement. Alors comment ? toi, servante, voilà que tu veux rivaliser d’éclat envers moi, lança t’il en direction d’El qahwa.
- Pourquoi élever le ton avec moi, tu n’es qu’une pauvre servante, après tout !
Tu ne procures ni extase, ni n’exhales aucun parfum, tu n’es pas digne des tasses de solennités et d’apparat, ce qui te convient, ce sont des tasses de pierre ou des bols d’argile vendus au poids, termina t’il ainsi sa longue diatribe
- DIEU récompensera tes injures comme il se doit, répliqua el qahwa, abrège tes propos et ne te proclame pas licite car c’est ma médecine à moi, qui est renommée, je guéris le malade de ses longues maladies. Aux hommes de bien qui me boivent, continua el qahwa, j’apporte détente et repos, je dissipe migraine et douleur.
Et les soirées avec moi peuvent durer longtemps, je facilite la digestion de tous les aliments lourds. Et, sarcastique, el qahoua dit au thé :
- Lorsque les veillées se multiplieront, oh esprit subtil, aucun courtier ne t’achètera au marché car tu es bon pour les chameaux et lesbœufs puisque tu es pareil à l’indigo ; tu n’es qu’une herbe colorée.
Après avoir écouter attentivement les plaidoiries d’el qahoua et du thé, el cadi leur répondit, en lissant pensivement sa petite barbe blanche, en ces termes :
- Cessez, nobles gens ! Certes, vous êtes tous deux des remèdes efficaces, mais le thé possède des vertus plus nombreuses car toi ; el qahoua, tu es bon marché et accessible par tous, le thé, quant à lui est fait pour le divertissement des gens de bonne compagnie qui se savent se délecter de ce nectar béni. En effet, continua le cadi, le thé ajoute son charme à la quiétude et à la joie des réceptions, Dieu Tout Puissant l’a créé ainsi et l’a doté d’un aspect splendide.
- Et je conclu, dit le cadi, par saluer notre Prophète, Que la prière et le salut de Dieu soient sur lui, sur sa famille et ses compagnons illustres, sur Omar, Othman, et Aboubakr, ses partisans et sur Ali le preux chevalier.
En espérant que le lecteur ais compris cette parabole et qu’il en tire un bénéfice car il faut toujours voir la femme, non comme un objet de désir, mais comme une mère, une sœur, une épouse, une compagne avec qui on partage une vie jusqu’à ce que la mort nous sépare. Alors respectons la !
Cette histoire est tirée de la fameuse qacida chaabi « el qahoua ou elatey » de Sidi El Madani –El Torkmani – El Moghribi, qu’il repose en paix.
S.MORSELY
CARAVANE VERS L’INCONNU
Début d’après midi. Sous une chaleur accablante nous prîmes place à bord des dix véhicules tout terrain mis à notre disposition.
Après s’être assuré que tout le monde était à bord et que les jerricans d’eau potable étaient chargés, le chef de convoi donna le signal de départ et la caravane s’ébranla vers le désert, le vrai.
Lunettes de soleil, têtes enturbannées par un « cheiche » cachant complètement nos visages nous avions l’air d’explorateurs partant à l’aventure, tout excités à l’idée de découvrir ce lieu magique dont on avait tant entendu parler.
Au bout de quelques kilomètres, l’asphalte fit place à une pise cahoteuse longue de
L’allure des véhicules changea et c’est à pas de chameaux que nous entamâmes notre aventure, accompagnés d’un petit vent chaud.
Au bout de quelques kilomètres une certaine monotonie du paysage ; rocaille, arbrisseaux desséchés, paysage jaunâtre, commençait à nous envahir car nous n’avions aucune idée de ce que réservait le désert pour les yeux de ses visiteurs.
Le plateau sur lequel nous roulions fit place à de petites collines abruptes dont la montée devint difficile et petit à petit le paysage mua en une sorte de plage immense composée de galets noirâtres.
Le panorama de galets fit place à des roches taillées et façonnées par le temps en équilibre instable les unes sur les autres, là, au garde à vous au bord de la pise ; public muet, témoins du temps passé !
Oubliant notre fatigue, oubliant la poussière et la soif, nous étions là, ébahis contemplant avec des yeux d’enfants émerveillés, la beauté de ce site façonné par le temps et la nature.
Une complicité certaine entre le temps et dame nature se fait ressentir.
Dans ces moments là, les yeux font place au cœur, il retrouve toute son humanité devant ce spectacle que nul mot ne peut décrire.
Nous n’étions pas au bout de nos surprises.
Les ruines d’une mégolopole jonchaient le sol sur des dizaines de kilomètres carrés. On se serait cru au milieu de ruines romaines.
Temps et nature, duo d’artistes !
Comme dans un film, le décor changeait constamment tout au long de notre route, le « ruines » firent place à une immense carrière d’un sable très fin de couleur gris blanc ressemblant à de la cendre.
Descente vertigineuse vers un canyon encaissé entouré d’immenses montagnes aux formes inhabituelles formées d’aiguilles géantes collées les unes contre les autres. Silence et respect dans les véhicules devant ces beautés naturelles où l’on ressent une quiétude inégalée.
Cette splendeur, fruit du temps et de l’espace, peuplée de pierres et de rochers engendre le Silence.
Un Silence que l’on « entend » et qui transporte l’homme au-delà de lui même et qui le pousse à la méditation.
Déconcertant décor où les ombres et la lumière jouent des notes de musique sur les reliefs, vestiges d’un chaos que l’esprit de l’homme ne peut concevoir.
Des monuments érigés à la gloire de la nature montent la garde sur ce chaos.
Au fil du temps, le sable, le soleil et le gel nocturne, tel un artisan patient, ont ciselés avec fantaisie cette œuvre titanesque que l’homme contemple en silence dans un total respect.
Une légère brise se leva et le soleil entama sa descente vers l’horizon, nous n’étions plus qu’à quelques kilomètres de notre destination.
Une crevaison et une panne d’un des véhicules retarda quelques peu notre convoi, mais avec leur patience légendaire, les chauffeurs targuis y remédièrent rapidement.
Nous continuâmes notre route sur cette fameuse piste qui nous abreuva de poussière tout au long de notre trajet, mais qu’importe, ce que qu’on vu le cœur et l’esprit est plus important.
La piste devint de plus en plus difficile, tortueuse, montant toujours et disparaissant sous des amas de grosses pierres coupantes. La dextérité et le sens de l’orientation des chauffeurs en vinrent à bout.
La montée se termina sur un large plateau enterrasse, un refuge en pierre taillées s’y trouvait, chose incongrue dans ce paysage naturel.
Ce lieu ressemblait étrangement à un village maya niché au sommet des montagnes colombiennes.
La plus belle surprise nous attendait au sommet d’une colline que nous gravîmes à pied par un chemin tortueux balisé de grosses pierres.
Après plusieurs haltes et le souffle coupé par le manque d’oxygène, nous étions à une altitude
Gigantesque toiture sans arbres et sans neige, plateau céleste s’offrant sans pudeur aux étoiles.
Le fameux ermitage du père de Foucauld bâti en 1910 est là, planté au milieu de nul part, gardien de ce lieu, territoire des vents et du néant. Deux pères jésuites y vivent encore.
Moment tant attendu, moment de délectation des yeux, de l’âme et du cœur.
La nuit, la roche noire, maîtresse des lieux, s’ornait d’un diadème scintillant de mille lumières.
Nous étions hors du temps et de l’espace, une sensation de bien être envahissait nos cœurs, les uns accroupis, les autres debout, silencieux, face au vent, chacun à sa manière appréciait ce moment magique, mais un fil invisible nous liait tous ; la magnificence du lieu.
Nous étions sur une autre planète et nous commencions à comprendre ce qu’avait du ressentir le premier homme qui a marché sur le Lune.
Il se faisait tard, l’appel du rassemblement pour redescendre au refuge nous réveilla de notre léthargie et c’est à contre cœur que nous prîmes le chemin du retour.
Décor saharien, accueil chaleureux aux sons de la musique targui égrenée par des musiciens, nous prîmes place à même le sol sur des tapis, près d’une cheminée où de la viande cuisait sur de la braise incandescente.
Puis vint le rituel du thé, les fameux trois verres de thé. Tout en nous abreuvant de ce nectar béni des dieux, nous posâmes la question aux targuis présents sur la signification de ce rituel auquel nul invité ne peut s’y soustraire. Et c’est sous une forme poétique que nous eûmes la réponse.
- Le premier thé, c’est fort, c’est pour la vie,
- Le deuxième thé, c’est imprévisible, comme la mort,
- Le troisième thé, c’est doux, comme l’amour.
Après un dîner copieux, la soirée se termina en musique.
Au petit matin, la roche noire, telle la reine de Saba troqua son diadème pour une couronne d’or et de lumière d’une pureté inégalée, à la mesure de sa beauté.
Petit déjeuner rapide, préparation des véhicules et nous voilà sur le chemin du retour.
Ô surprise ! En plein désert, dans un petit vallon invisible de la piste, nous voilà au milieu d’un Eden où coule une rivière d’une eau glacée et pure entourée de verdure et de galets géants telles des tables mises là pour un festin gargantuesque.
Une halte s’improvisa, on sortit les théières et l’eau, on ramassa quelques branches rabougries et on alluma un feu de camp.
Chacun de son coté parti en exploration à la découverte de ce petit paradis. Les uns profitant de ce moment de repos et de cette eau purificatrice, venue on ne sait d’où, pour se rafraîchir.
Quant aux autres, ils restaient là, allongés sur les galets géants, regardant le ciel, appréciant ce doux moment.
Après une trentaine de minutes nous reprîmes notre route, ou plutôt notre piste.
Sur le chemin du retour, nous n’étions toujours pas rassasiés de ce paysage changeant au gré de la lumière et des vents et c’est avec un grand respect que nous eûmes une pensée pour les valeureux targuis, nos guides et nos chauffeurs, pour leur patience, leur gentillesse, leur humilité et aussi pour leur conception de la vie.
Quelques proverbes Targuis résument assez bien la vie dans le désert.
- Le désert c’est l’abandon à la providence.
- Ne parle que si ta parole est plus belle que le silence.
- Suis la piste, même si elle tourne, suis le guide, même s’il est vieux.
S. MORSELY


1830, DATE MALEFIQUE
D’ un orange doré, il disparaissait lentement à l’horizon paraissant plonger entre ces deux bleus, l’un azur et l’autre aux reflets argentés, vision quotidienne dont on ne se lasse jamais, laissant place à l’ombre et aux milliers d’étoiles qui brillent au firmament en ce magnifique début de soirée du vendredi 13 juin 1830.
Telle une nymphe plongée dans le sommeil de l’innocence, la plage de Sidi Fredj s’offrait ainsi au ciel ne se doutant point de ce qu’elle allait subir.
Tard dans la nuit, cette vision idyllique fut rompue par des claquements et des craquements qui résonnèrent dans le lointain. Les habitants de ce petit bourg qu’était Sidi Fredj se réveillèrent, apeurés croyant à un tremblement de terre. Vision cauchemardesque !
Une armada composée de 11 vaisseaux, 24 frégates, 572 navires de commerce affrétés pour le transport des troupes, 37.000 hommes et du matériel, ainsi qu’une flottille de débarquement de 225 bâtiments, était là rassemblée, faisant face à la plage.
En cette nuit du 14 juin 1830, de sinistre mémoire, un voile sombre allait couvrir l’Algérie pendant plus d’un siècle.
A la pointe du jour, des barques furent mises à l’eau chargées de soudards armés jusqu’aux dents qui ramèrent en ahanant vers la plage.
Un long gémissement, une longue plainte montèrent jusqu’au ciel, faisant fuir les mouettes. Cri de détresse, cri impuissant devant cette agression.
Dans les premières heures qui suivirent, les premiers 10.000 hommes, des 3divisions et leurs 8 pièces d’artillerie violèrent le sol algérien pour y porter la mort et la désolation.
Jour fatidique, marqué au fer rouge dans nos mémoires à jamais. L’Algérie vient d’être violentée !
Ayant repris leurs esprits, les habitants commencèrent à organiser leur défense, malgré leurs faibles moyens. Question de survie ! mais devant une telle puissance de feu c’était David contre Goliath, issue inéluctable.
Après quelques escarmouches et ayant consolidés leur position sur la plage de Sidi Fredj, l’armée d’occident, continua à débarquer ses troupes et son matériel pendant les jours qui suivirent, gênées uniquement le lundi 16 juin par un violent vent du Nord-Ouest, qui mit sérieusement la flotte en danger et qui rappela l’expédition avortée de Charles Quint.
Au bout de ces quelques jours, la presqu’île de Sidi Fredj ressemblait à un camp retranché avec ses magasins, ses hôpitaux de campagne et ses fours à pain.
Ensuite, les premiers envahisseurs, sous un soleil matinal, se mirent en branle vers EL DJAZAIR EL MAHROUSSA (ALGER), distante de quelques
Sous les cris de ALLAH OUAKBAR, les valeureux guerriers berbères au teint basané par le soleil méditerranéen, armés de fusils et d’épées, chevauchant leurs destriers, turbans au vent, livrèrent une bataille acharnée dans le bourg de Staouéli, ne laissant aucun répit à l’ennemi , légers comme le vent ils virevoltaient de droite et de gauche, sabrant et pourfendant, insaisissables, ils semèrent la mort et le désarroi dans le camp ennemi, mais ce dernier, le premier choc passé, reprit du poil de la bête et retourna la situation en sa faveur.
Après plusieurs heures d’un combat inégal, des cris de détresse et de douleur, des pleurs même, fusèrent du champ de bataille empli de corps ensanglantés, hommes et bêtes mutilés à jamais par la folie de certains hommes qui ne s’aventurent jamais sur les champs de bataille.
Un des valeureux guerrier berbère, prisonnier, questionna un général quant à cette invasion :
- Qu’êtes vous venus faire ici ? dit-il
- Nous sommes venus vous délivrer du joug des turcs, répondit le général.
- Nous sommes nous plaint à vous que nous étions sous le joug des turcs ? rétorqua notre guerrier
- Non, mais tout le monde le sait,
- Combien êtes vous d’hommes ici ? questionna le berbère
- Quarante mille, et nous en attendons encore quarante mille, lui répondit l’envahisseur
- Et de quel droit venez vous nous détruire et prendre notre ville ?
- Parce que ton Dey a manqué de respect au roi de France, répondit calmement le général,
- Pas du tout, comment pouvez prendre les armes contre tout un peuple parce que notre Dey a eu dispute avec votre consul, homme insolent, turbulent et marchand, ce n’est juste.
Cette discussion met en lumière le fallacieux prétexte de Charles X.
Au petit matin du 29 juin, les trois divisions reprirent leur marche funèbre vers EL BAHDJA à travers la plaine de
Cette armée si bien équipée et si bien entraînée et qui se permet d’envahir un pays souverain, maître du bassin méditerranéen, a frôlée le désastre en arrivant sur les hauteurs de
Fatigue, peur de cet ennemi inconnu dont elle avait déjà testé la valeur, la horde épuisée, repris difficilement sa marche vers Alger. La tactique était simple, attaquer la ville dans le dos, par les hauteurs qui étaient défendues par un fort appelé Bordj Moulay Hassan ou Bord Etaous (actuel Fort l’Empereur) qui dominait les hauteurs de
En ce jour malheureux du 4 juillet 1830, le fort, défendu par 800 turcs et 1.200 algérois, subit les premières salves d’artillerie et au bout de quelques heures, après une résistance acharnée, les murailles, sous ce déluge de feu commencèrent à s’écrouler.
Soudain une formidable explosion se produisit couvrant le bruit des canons ; d’immenses flammes et des nuages de fumée montèrent jusqu’au ciel en projetant d’énormes pierres : les turcs avant de battre en retraite firent sauter leur poudrière.
Les assaillant s’introduisirent par la brèche ainsi produite par l’explosion et prirent possession du fort. Des cris de victoire survolèrent tels des corbeaux annonçant un grand malheur, ces terrasses où le soir venu, les belles algéroises, un verre de thé à la main profitaient des derniers rayons de soleil baignant la magnifique baie d’El Djzair Ben Mezghena.L
Les canons se turent et un lourd silence pesa sur la ville, silence de mauvaise augure, les habitants de
L’après midi, le consul d’Angleterre, Saint-John accompagné du secrétaire du Dey, proposa sa médiation mais Bourmont refusa d’un ton sec, puis le général Desprez rédigea le texte de la capitulation qu’il remit à un de ses interprètes pour le remettre au Dey.
Le lendemain matin, soit le 5 juillet 1830 , la capitulation d’El Djazair la fière, fut signé.
Une page noire de notre histoire commençait !
Voici le texte intégral de la capitulation de
« 1 – Le fort e
2 - Le général en chef de l’armée française s’engage envers son Altesse le Dey d’Alger à lui laisser la liberté et la possession de ce qui lui appartient personnellement.
3 – Le Dey sera libre de se retirer avec sa famille dans le lieu qu’il fixera et, tant qu’il restera à Alger, il y sera, lui et toute sa famille, sous la protection du général en chef de l’armée française ; une garde garantira la sûreté de sa personne et celle de sa famille.
4 – Le général en chef assure à tous les soldats de la milice les mêmes avantages et la même protection
5 – L’exercice de la religion mahométane restera libre ; la liberté de toutes les classes, leur religion, leur commerce et leur industrie ne recevront aucun atteinte, leurs femmes seront respectées ; le général en chef en prend l’engagement sur l’honneur
6 – L’échange de cette convention sera faite le 5 avant midi. Les troupes françaises entreront aussitôt après dans la casbah et successivement dans tous les autres forts de la ville et de la marine »
Dans la même journée, les troupes vêtues de rouges entrèrent dans
Certains livres d’histoires de notre enfance justifiaient un tel acte par le fameux « coup d’éventail » donné à l’ambassadeur de France par le Dey d’Alger, Hussein ibn El Hussein, mais que nenni, la vérité est plutôt mercantile.
A cette époque là,
Ces derniers négocièrent avec
Des excuses sont demandées, mais le dey refuse étant dans son bon droit. Les relations diplomatiques sont rompues.
Il est intéressant de noter que le dey Hussein soupçonnait le consul de France d’être de connivence avec les deux négociants juifs.
Ce « crime de lèse majesté », prétexte pour envahir notre pays, n’était que l’arbre qui cache la forêt.
Le véritable but de cette invasion était plutôt d’ordre économique, politique et surtout mafieux. A cette époque, l’empire français avait d’énormes difficultés économiques et était presque en cessation de paiement de ses dettes. En plus il avait peur d’une révolution en son sein. Mais le vrai et réel motif de cette invasion était de s’accaparer du fabuleux trésor de
En cette mis juin 2007, Sidi Fredj se réveille sous un ciel bleu azur qui se confond avec la mer, bercée par le bruit des vagues qui viennent mourir sur la plage au sable fin.
En ce début d’été, la presqu’île s’apprête à accueillir les premiers estivants de la saison où elle revivra aux cris joyeux des enfants qui pataugent dans l’eau sous l’œil vigilant de leurs parents.
La plage se remplit peu à peu d’estivants venus de tous les pays pour profiter de ce magnifique complexe touristique, fleuron architectural, construit là, comme pour faire un pied de nez à l’histoire.
Ainsi sont les aléas de l’histoire, une page est tournée en espérant que la sages des hommes l’emportera sur leur folie.
S. MORSELY


EL HADJAM
Qui de nous ne se rappel les belles nuits d’été sur les terrasses d’El Bahdjah où nos parents préparaient pendant des jours LA fête dans cette atmosphère et cette convivialité propres aux gens modestes mais fiers…., fiers d’appartenir à cette classe et à cette Casbah, si chère à nos cœurs.
En ce temps là, nous, hauts comme trois pommes, enfants insouciants courant et jouant ne sachant pas encore que ces réjouissances étaient en notre honneur et qu’était venu, pour nous, le moment de passer de l’enfance à l’age adulte.
Durant des jours dans une effervescence et un vas et vient incessant, tous les membres de la famille sont réunis dans cette promiscuité, qu’on oublie pour quelques jours, pour aider à la confection de dizaines de gâteaux et à la préparation du couscous sous l’œil vigilant de la maîtresse de maison.
Et , le jour de la fête annoncé, parés d’habits traditionnels ; chéchia, gandoura en satin brodé main, veston en velours brodé d’or scintillant sous les lumières, babouches de cuir et burnous sur les épaules, nous étions les princes d’un soir assis sur un coussin de soie préparé spécialement à cette occasion.
Entourés de deux anges gardiens, l’un sur notre gauche et l’autre sur notre droite, tenant dans leurs mains d’immenses bougies aux formes spirales, nous étions là, ébahis et heureux jouissant pleinement de ce merveilleux instant.
La terrasse s’emplissait peu à peu d’invités qui prenaient place sur les chaises bien alignées par rangées et faisant face à la fameuse « TINDA », scène décorée avec amour pendant toute la journée ; lampes multicolores, penditifs de jasmin, tapis sur le sol, canapés et coussins, table sur laquelle étaient posées avec art, différentes sortes de gâteaux traditionnels, propres à notre ville.

Comme une mariée, parée de ses plus beaux atours, la scène attendait la venue de son maître ; le Cheikh et son orchestre qui allait animer cette merveilleuse soirée jusqu’au petit matin de ces airs mélodieux au rythme lancinant et envoûtant et dont les paroles des qacaides vous transportaient vers l’attente de l’ être aimé ou bien vous faisant réfléchir sur l’amitié et le sens de la vie. Paroles sages et éternelles qui n’oublient pas les Louanges envers Dieu et Son Prophète (Bénédiction et Paix sur Lui).
Dès les premières notes un silence religieux se fit sentir et ont vit arriver le HDJAM avec sa petite trousse.
Il était là pour nous !
L’orchestre se tu et c’est accompagné par la voix mélodieuse d’une KADAMA déclamant une série de poèmes plus beaux les uns que les autres, qui firent frissonner l’assistance, que le père, beau comme un prince des milles et une nuit, chéchia d’un rouge vif sur la tête, penchée de coté à la mode « Hozia », gilet à la mode turc finement brodé et pantalon large appelé « séroual el makaada » retenu par une large bande de tissu appelait « mahazma », les larmes aux yeux, des larmes d émotion, de fierté et de joie, entama le rituel du hénné sur nos petites mains toutes tremblantes.
Moment d’intense émotion !
Puis après cela, le fameux HADJAM, qui n’était autre que « Ammi Ali » le coiffeur du quartier, pris les choses en main. Cris stridents de douleur, pleurs, embrassades, cajoleries et le tour est joué.
Cela n’aura durer que deux ou trois minutes et nous voilà devenus des hommes. Les youyous montèrent jusqu’au firmament .Messages de la génitrice, fière de son rejeton. Puis les invités se levèrent et dans une longue procession, aspergés d’eau de Cologne, défilèrent devant une corbeille bleu ciel, posée là, à nos pieds, pour recevoir leurs présents.
Le rythme de la musique devint de plus en plus léger et presque toute l’assistance se mit à danser sur les airs de hédi, danse algéroise belle et virile réservée aux hommes.
Et cela dura ainsi jusqu’au premier appel du Muezzin. L’aube se levait !
Eternel recommencement ! Nous perpétuerons cet acte ainsi que nos enfants et leurs petits enfants et cela jusqu’à la fin des temps dans la tradition du Prophète Abraham.

LE PUIT DU ROI
Toutes les époques ont leurs lacunes et leurs erreurs. Si l'on me demandait quel est le défaut majeur de la nôtre, je répondrais que c'est la confusion et le renversement des valeurs.
(Citation de JEAN GUITTON, Philosophe français )
Je vais commercer mon histoire par cette fameuse phrase ; il était une fois…….
Il était une fois, il y a très longtemps de cela, un royaume dans une contrée lointaine au climat doux, dans lequel vivait un peuple choyé par son bon roi.
Aimant son peuple, ce bon roi, avait mis tout en œuvre pour le bien être de ses sujets, qui ne manquaient de rien et auxquels il avait donné toutes les libertés d’expressions.
Véritable paradis, ce petit royaume était administré de manière juste et toutes les richesses, dont il regorgeait étaient équitablement partagées entre la population.
Justice était le maître mot de ce bon seigneur qui ne prélevait aucun impôt ni taxe sur les paysans et les artisans. Bref, ce peuple était des plus heureux !
Mais ce royaume paradisiaque avait, tout de même, un point noir : un puit situé dans une clairière entourée d’une petite muraille et gardé jour et nuit, car ce bon roi en avait strictement interdit l’accès à ses sujets sous peine de mort et c’était la condition sine qua non pour cette belle vie.
Alors voilà ! Au fil des temps, ce peuple, qui vivait dans le bien être le plus total, non content de sa situation privilégiée, commençait à se poser des questions sur l’interdiction de ce puit et la rumeur fit son chemin….
S’amplifiant de jour en jour elle grossit au point de devenir calomnie ; le roi, disaient certains, puisait ses richesses dans ce puit, d’autres racontaient qu’il avait interdit le puit car c’était une source de jouvence, quant à d’autres, c’était pour eux, tout simplement une source de pouvoir.
Ces derniers, les plus intéressés, mirent tout en oeuvre pour diffamer et discréditer leur roi et se mirent à comploter en utilisant le bouche à oreille, distillant ainsi leur venin sur le compte de ce malheureux roi.
Et… une nuit après plusieurs palabres et après avoir bien concocté leur machination, ils réussirent à convaincre la population de marcher sur le palais.
Le pauvre roi ne se doutant de rien, fut réveillé de son juste sommeil, par des acclamations et des cris venant d’une foule nombreuse munie de dizaines de flambeaux.
Le roi inquiet et apeuré, croyant que son royaume été envahi par un quelconque ennemi, se leva et sortit au balcon .
- O ! peuple bien aimé que t’arrive t-il ? demanda le roi et la foule de scander « Nous voulons boire au puit, nous voulons boire au puit…. !!!! »
A ces cris, une tristesse envahit le visage du bon roi et il comprit que la paix qu’il avait tant essayer de sauvegarder, arrivait à sa fin.
- Pourquoi veux tu boire à ce puit, ô peuple bien aimé, que te manque t’il, ai je failli à mon devoir envers toi ? dis le rois, d’une voie emplie de tristesse.
- Tu veux garder ce puit magique pour toi tout seul et c’est de lui que tu tire ton pouvoir, répondit la foule.
L’aube pointait à l’horizon lorsque le roi, las de ne pouvoir convaincre son peuple, autorisa ce dernier à y boire et la foule se rua vers la clairière, sauta par dessus la muraille et se mit à remplir des sauts à ras bord.
Le roi rentra dans ses appartements où il s’y enferma, les larmes aux yeux et le cœur lourd en pensant aux conséquences désastreuses qui allaient en découler.
L’après midi, sous un soleil de plomb, la foule revint vers le palais de notre bon roi en vociférant, cette fois ci , « le roi est fou, le roi est fou….. ».
A ces cris, le roi comprit que toute la population avait bu au puit et il sortit sur le balcon pour faire face à cette calamité qui frappait son peuple.
En effet, ce puit avait un grand secret gardé depuis des générations : son eau rendait fou celui qui la buvait !
Alors, de guerre lasse, le roi quitta son palais et se dirigea vers le fameux puit et en but une bonne rasade et…. depuis ce jour cet havre de paix devint le Royaume des fous où régnait un roi, encore plus fou. Légende me diriez vous ? Peut être, mais de nos jours cette légende est devenue réalité car l’échelle des valeurs a été inversée par l’envahissement de nos esprits de certaines soit disant valeurs, qui n’ont de valeur que le nom et qui intoxiquent notre société et l’esprit de nos enfants.
Et pour preuve !
Parlez d’honnêteté et on vous rira au nez !
Parlez de valeur du travail et on vous noiera sous les sarcasmes !
Parlez d’amour de la patrie et on vous tournera le dos en vous traitant de « looser » !
Parlez de droiture et de fidélité envers l’amitié et on vous traitera de macho !
Parlez d’amour du prochain et de respect des valeurs et on vous prendra pour un attardé !
Mais parlez plus tôt, d’appât du gain, de rapines, de pouvoir, d’enrichissement malhonnête, de complots, etc…. et….on vous écoutera avec attention.
Calomniez, dénigrez, bafouez, détruisez les réputations et…. on vous prêtera une oreille attentive.
Sinon….. vous faites partie de la minorité qui n’a pas droit au chapitre !
Faire comme notre bon roi et rentrer dans les rangs ?
Que nenni !
Continuer à respecter, contre vents et marées, les valeurs que nous ont inculquées nos parents en les ré inculquant à nos enfants ?
Que oui !
S. MORSELY